Face à l’accélération du réchauffement climatique, les habitants de Marseille et d’autres villes côtières françaises pourraient bien être contraints de quitter leur domicile dans les prochaines décennies. La montée inexorable du niveau de la mer met en péril ces territoires, et les choix à faire deviennent de plus en plus urgents. Explications.
Le réchauffement climatique, principal coupable de la montée des eaux
Le phénomène de l’élévation du niveau des océans s’intensifie d’année en année. Plusieurs causes sont à l’origine de cette montée inquiétante des eaux, mais deux sont particulièrement notables. D’abord, la dilatation thermique, un processus lié au réchauffement des eaux. En effet, lorsque les océans se réchauffent, leur volume augmente. Ensuite, il y a la fonte des glaciers et des calottes polaires, une autre conséquence directe du réchauffement climatique. Ces deux facteurs combinés provoquent une montée progressive mais implacable du niveau des mers.
Au-delà des chiffres, ces phénomènes ont des impacts concrets sur des millions de personnes, particulièrement dans les zones côtières. Et si certains pays ont déjà mis en place des mesures pour limiter les dégâts, la situation reste extrêmement préoccupante.
Des solutions à l’international, mais pas encore en France
Dans certains pays, des initiatives ambitieuses ont vu le jour pour lutter contre la montée des eaux. Venise, en Italie, est un exemple frappant. La célèbre ville a investi dans le projet Moïse, une série de digues destinées à protéger la ville des inondations récurrentes. Bien que ce système ne soit pas exempt de critiques, il représente une tentative de réponse à une menace de plus en plus présente pour les villes côtières.
En revanche, la France n’a pas encore mis en place de projets d’une telle ampleur pour protéger ses villes côtières. Si des mesures locales existent, elles ne suffiront pas à long terme. Marseille, par exemple, est particulièrement menacée et pourrait voir une partie de son territoire submergé d’ici la fin du siècle.
Marseille : une ville sous la menace directe de la montée des eaux

Marseille, la deuxième plus grande ville de France, est l’un des territoires les plus vulnérables à la montée des eaux. Selon une étude publiée fin 2023 dans la revue Environmental Research Letters, la France est le troisième pays le plus touché par ce phénomène, après l’Italie et l’Égypte. Et parmi les villes françaises les plus à risque, Marseille et la région de la Camargue occupent une place centrale.
Les experts estiment que le niveau de la mer à Marseille a déjà augmenté de 20 centimètres au XXe siècle. Et la situation ne fait qu’empirer. Selon Philippe Rossello, coordinateur du Grec-Sud (antenne locale du GIEC), 25 centimètres supplémentaires d’élévation sont attendus d’ici 2050. Pire encore, à l’horizon 2100, le niveau de la mer pourrait grimper d’un mètre ou plus, peu importe les scénarios envisagés.
Ce scénario catastrophique pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les 900 000 habitants de la cité phocéenne. Les plages emblématiques de Marseille et le célèbre Vieux-Port sont directement menacés. Si la montée des eaux se poursuit à ce rythme, certaines parties de la ville pourraient être complètement submergées d’ici la fin du siècle.

Les zones les plus exposées au bord de la Méditerranée : la France est le troisième pays le plus vulnérable. • © Issue de l’étude de Vecchio-Anzidei-Serpelloni dans Environmental Research Letters
Les conséquences à long terme : un exode à venir ?
À terme, si la situation n’est pas contrôlée, les habitants de Marseille pourraient devoir envisager un véritable exode. Une montée des eaux de cinq mètres suffirait à engloutir des zones entières de la ville, y compris des quartiers très peuplés. Une question se pose alors pour les Marseillais : faut-il vendre sa maison avant qu’il ne soit trop tard ? Cette interrogation devient de plus en plus pressante à mesure que les années passent et que la menace devient tangible.
Mais Marseille n’est pas la seule ville concernée. Bordeaux et La Rochelle figurent aussi parmi les agglomérations qui pourraient connaître des inondations massives dans les décennies à venir. Avec des millions d’habitants potentiellement affectés, la France devra faire face à une migration climatique interne sans précédent.
Les réponses possibles : quels moyens pour éviter le pire ?
Pour faire face à ces défis, plusieurs options sont envisagées. Mais elles nécessitent des investissements massifs et une coordination nationale et internationale. Parmi ces solutions :
– Construction de digues et autres protections côtières : Comme à Venise, l’idée de créer des barrières contre la mer est une piste sérieuse, bien que coûteuse.
– Recul stratégique des habitations : Cette approche implique de déplacer des populations et des infrastructures loin des zones côtières les plus vulnérables.
– Adaptation de l’urbanisme : Des villes comme Rotterdam aux Pays-Bas montrent l’exemple avec des constructions surélevées et des espaces publics capables de se transformer en bassins de rétention d’eau.
Chaque option présente des avantages et des inconvénients, mais aucune ne peut être ignorée face à l’urgence climatique. Il devient vital d’envisager des politiques publiques adaptées, faute de quoi les futures générations devront vivre avec les conséquences de l’inaction.
Faut-il se préparer à quitter les villes côtières ?
Pour les habitants de villes comme Marseille, Bordeaux ou La Rochelle, le temps presse. L’éventualité d’un exode climatique ne relève plus de la science-fiction. Si des actions concrètes ne sont pas rapidement mises en œuvre, certains habitants pourraient bien être contraints de quitter leur ville dans les années à venir.
Les experts tirent la sonnette d’alarme, et les données sont sans appel : la montée des eaux menace la France de manière plus importante que beaucoup ne l’imaginent. Alors que l’horizon 2050 approche, il est essentiel de prendre des décisions fortes et ambitieuses pour limiter l’impact de ce phénomène. Que ce soit par des travaux de protection ou des changements d’habitudes, il devient impératif de se préparer au monde qui vient.









